Le E+I Tour s’achève et les questions affluent

, par Cyril 14 commentaires

Voilà c’est fini. Six mois après l’ouverture de l’eXPERIENCE+iNNOCENCE Tour, U2 a joué ses dernières notes live mardi à Berlin dans un concert largement remanié depuis Tulsa. Un fait inhabituel pour le groupe alors que se posent des questions sur son avenir.

Des 27 titres joués le 2 mai dernier, il n’en restait que 15 pour cette clôture berlinoise. Un chamboulement inédit pour U2 qui depuis les années 90 a le plus souvent figé sa setlist. A en croire Willie Williams, les Irlandais voulaient que le DVD de 2018 ne contienne rien de ce qui avait été enregistré pour la version du I+E en 2015. Une connerie car il reste encore huit morceaux déjà entendus à l’époque, mais après tout, U2 et son entourage ne sont plus à un bulshit près.

Pour être «fair», commençons par saluer l’initiative de U2 de changer la structure de la première partie de son concert. Celle proposée dans la dernière ligne droite est couillue, enthousiasmante et donne à l’ensemble un goût autrement plus fort que la version précédente. Mais ce satisfecit doit être pondéré car il est bien difficile de ne pas regretter que le groupe n’ait eu la bonne idée de se pencher sur cette question six mois plus tôt ! Difficile aussi de ne pas se dire qu’ils ont fait preuve d’une énorme fainéantise à l’orée de cette troisième tournée en quatre ans, camouflant ce manque d’inspiration derrière du «storytelling» qui arrangeait bien leurs affaires. Les fans de la majeure partie de ce E+I Tour pourront donc regretter d’avoir manqué les meilleurs moments.

Ces modifications finales sont les ultimes rebondissements d’une tournée étrange, mal emmanchée oserait-on dire. Comme une suite qui n’en était pas vraiment une. Imaginée comme un soir 2 où les concerts de 2015 auraient été le premier soir.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir eu un bon album à défendre, Songs of Experience a tenu ses promesses. Il n’en est pas de même concernant l’implication d’un groupe qui n’a jamais semblé si usé par le temps. Pour ceux qui en douteraient, la lecture de l’excellent article du Sunday Times démontre sans peine à quel point U2 est à bout de souffle. La manière dont chaque membre explique par le menu l’état de son usure physique, par ailleurs probablement très légitime, est accablante sur la situation actuelle. Si les Irlandais n’ont jamais eu l’âme de rockeurs, cette longue séance de complaintes prouve la lassitude qui semble avoir gagné U2, qui n’avait plus enchaîné un tel rythme de travail depuis de nombreuses années.

Si l’accident de Bono en 2015 avait été l’excuse parfaite pour expliquer que le chanteur soit totalement hors de forme lors du premier leg de la tournée, cette fois, il semble qu’il faille chercher ailleurs les raisons à ce rythme de sénateurs. Manque de créativité ? De spontanéité ? D’envie ? Peut-être un peu des trois, même si chaque soir Bono continue de dire à quel point lui et ses trois camarades sont heureux d’être sur cette scène. Il peut le clamer, rien ne nous oblige à le croire.

Il ne faudrait toutefois pas tout jeter car il y a eu de belles choses cette année. Des beaux moments à garder en mémoire, mais de manière trop irrégulière pour que ce E+I Tour trouve sa place dans les mémoires collectives. Tout juste pourra-t-on sincèrement se réjouir que U2 se soit souvenu de Dirty Day 24 ans après sa dernière apparition live et ait osé reprendre Who’s Gonna Ride Your Wild Horses après le flop de sa première apparition à Tulsa. Toujours aucun signe de signe de vie de Pop en revanche, si on excepte bien sur le simulacre que constituait la version acoustique de Staring At The Sun en Amérique du nord.

Reste maintenant à savoir de quoi l’avenir sera fait. La réapparition fulgurante de Achtung Baby et de Zooropa à quelques semaines de la ligne d’arrivée pourrait bien être une manière de dire aux fans : n’espérez pas une nouvelle tournée anniversaire en 2021. Grand bien leur en fasse, ce n’est pas ce que nous attendons. Et si à en croire Larry Mullen Jr, il «devrait y avoir un prochain album de U2», rien ne dit que cela arrivera. Jamais le groupe n’avait semblé aussi énigmatique sur son avenir et il faut se souvenir des innombrables promesses de Bono vantant la multitude de projets à venir (et qui ne sont jamais venus) pour entendre l’actuel silence assourdissant du chanteur. Alors retraite ? L’option n’a jamais semblé aussi plausible.

Quant à nous, difficile de nous prononcer. Le diptyque SOI-SOE prouve que U2 sait encore faire de (très) bons disques et les fans que nous sommes réclamons encore d’autres productions de ce calibre. Malheureusement les tournées qui ont suivi n’ont pas été à la hauteur de ces deux disques et c’est pourtant là, en concert, que U2 a toujours donné le meilleur de lui-même. Ce qui s’est passé en 2015 et 2018 doit donc être vu comme le signe que quelque chose s’est déréglé, sans qu’on sache s’ils peuvent changer le cours des choses. A 60 ans passés, leur défi serait immense. Aussi immense que fut notre plaisir à les suivre toutes ces années.

Discussions

14 commentaires ont été publiés pour cet article.

actarus

le gift 2018 est arrivé youpi

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Hold Me

ou pas…. rôle très décoratif : pour les pochettes, le contenu….,ouuuuuuuuuuuuuuf

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tjt87

Ça décore l’étagère U2 dans l’armoire.

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Hold Me

Je propose que chacun(e) fasse une photo de son « étagère U2 » et qu’on élise la plus sympa, la plus kitch, la plus remplie, la mieux présentée……
J’imagine déjà le trip sur les forums ;)

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Hold Me

Salut à tous,
le cadeau d’abonnement à U2.com fait très très envie. Pour le coup ils ne se mouchent pas avec n’importe quoi: 2 cd + un livre + une vidéo… on avait pas vu ça depuis le livre sur les 360, sublime au demeurant.
Ben là les gars…..
Ca donne vraiment très très envie de se ré-abonner!!

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tjt87

Bien sûr que ça donne envie de renouveler l’abonnement, c’est le but. Hors période de tournée, ils n’auraient pas beaucoup d’abonnés payants en proposant des remixes à la noix comme cette année.
Ceci dit, le cadeau est super cool, bien d’accord.
Pour peu que le délai d’envoi soit respecté cette année et ça sera un sans faute. J’ai hâte de trouver ça dans ma boîte aux lettres !

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renard

Ils ont signé pour 10 ans un nouveau contrat non?
2 disques +tournée
Il me semblait avoir vu passer l’info…

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Vincent

Merci pour cette analyse qui, contrairement à vos habitudes, est finalement très objective ! On ne peut en effet que partager le constat d’un groupe en pilotage automatique sur une grande partie de la tournée 2018, mais qui a su donner des gages sur la fin.

Oui, le groupe a longtemps été reconnu pour ses prestations scéniques. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les récentes prestations sont certes la plupart du temps maîtrisées mais souvent inégales. Et l’engagement du groupe, sa capacité de transcendance sont de plus en plus questionnés. De ce point de vue, U2 exprime davantage sa créativité sur disque que sur scène.

Pour la suite, toutes les options semblent ouvertes. Des rumeurs circulent depuis aujourd’hui sur une tournée australienne à partir de septembre 2019, mais pas que … à lire ici
https://www.u2songs.com/news/ready_for_whats_next

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Hold Me

Très bonne revue de concerts Cyril, avec un avenir… incertain. Un petit bémol, pour avoir fait 11Nov2015 et 08Sept2018, je trouve, réécoutes à l’appui, que le niveau des lives n’est pas le même: 2018 fatigués, émoussés et sans doute davantage pré-occupés, alors 2015 beaucoup plus « rentre dedans » mais bon c’est empirique comme opinion.
Par contre ouf pas de tournée anniversaire!! le TJT30 reste tout de même pour moi une arnaque.
Après « wait and see » mais nous aurons tout de même grandi de longues et politiques années au rythme de leurs chansons. Juste pour cela « Thanks a lot Paddies »

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actarus

pas d’effet d’annonce a dublin comme je le pensais tout reste possible

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The Preacher°

Si les deux derniers albums de U2 sont à prendre comme un diptyque sur le thème « chansons de jeunesse – chanson de raison », et la tournée revival de JT comme une tournée de célébration, voila ce que moi, j’aurais mis dans la set list de SoI-SoE, étant entendu que personnellement, la setlist du revival JT était sinon parfaite, assez idéale à mes yeux dans le concept proposé (J’ajoute cependant que personnellement, je n’aurais pas privé le public des stades des écrans latéraux sur les titres précédant JT).

Bref, voila ce qu’aurait été pour moi la set list du SoI :

California
The Miracle
I Will Follow
Electric Co
11 O clock Tick Tock
Iris (Hold Me Close)
Cedarwood Road
Song For Someone
Sunday Bloody Sunday
Raised By Wolves

Tomorrow
October
Every Breaking Waves
The Unforgettable Fire
Pride
Bad

Rappel
Where The Streets Have No Name
The Trouble
With or Without You

Rappel :
40
One

Ce faisant, j’aurais fait la part belle à ma jeunesse, à mon album SoI et j’aurais introduit la transition avec WOWY et Streets, en laissant poindre Achtung à la fin.

Et voila ce qu’aurait été la set list de SoE :

The Fly
The Blackout
Red Flag Day
Even Better Than The Real Thing
Lemon
Discotheque
I’ll Go Crazy If I don’t Go Crazy Tonight (version 360°)
You’re The Best Thing About Me (version Kygo)
Kite
In a Little While
Summer Of Love
Stay (Far Away So Close)
Mysterious Ways
Acrobat
Ultraviolet

Rappel
Magnificent
Gone
Vertigo
Get Out Of Your Own Way

Rappel 2 :
Landlady
One
Love Is All We Have Left

Ce faisant, je n’aurais rien renié de ma discographie, j’aurais fait la part belle à mon dernier album SoE, j’aurais repris des titres majeurs de la période post JT, et cerise sur le gâteau, j’aurais satisfait tous mes publics, du fan de la première heure au connaisseur lambda qui les aurait vus pour la première fois.

Et pour le contenu, j’aurais largement eu de quoi remplacer ceci ou cela avec des titres back up : Desire, Gloria, The Ocean, Two Hearts Beat As One, Sometimes You Can’t Make It on Your Own, In a Little While, Staring At The Sun, The Little Thing, The Wanderer, God Part II, All I Want Is You, etc. etc.

Donc, en gros, j’aurais juste fait le contraire des choix qui ont été faits. Et je pense que mes sets lists proposées n’auraient rien eu de décalé, d’extravagant, et j’ai la prétention de penser qu’elles auraient été très populaires ET pour le grand public ET pour les fans.

Je précise que dans ces choix, j’ai intégré des chansons qui ne sont pas forcément mes préférées, mais qui présentent l’avantage d’une cohérence et de l’originalité en regard des sempiternelles setlists convenues de nos paddies.

A la fin de cette tournée, il demeure des incompréhensions majeures pour moi, avec des chansons fortes qui n’ont pas été systématiquement jouées, voire totalement oubliées (Je pense à California – je persiste que l’intro crescendo du morceau aurait pu faire une superbe entrée en scène – et Landlady), au profit d’autres, à mes yeux beaucoup moins profondes et réussies, qui ont été servies parfois aux deux tournées (je pense notamment à Iris).

J’en viens à me persuader que personne dans l’entourage de U2 n’a le courage de leur dire ce qui m’apparait comme l’évidence et je les regarde de plus en plus comme j’observerais un dictateur grabataire qui se présenterait à 95 ans en candidat unique pour un nouveau mandat !

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