Un rêve, une balade, des souvenirs et un air si différent

, par Cyril 12 commentaires

Quatre ans que l’on en parlait, que l’on se promettait d’aller vivre cet instant unique qu’est l’ouverture d’une tournée de U2.

L’album à peine sorti, on voyait le truc arriver à grand pas, tout le monde parlait de Miami, et nous, ça nous allait très bien, on serait au rendez-vous fixé le 1er mars. Et puis, rien n’arrive, les rumeurs circulent sur des retards, un report… une annulation même ! Finalement, l’info tombe : point de départ donné à San Diego, Californie, pour le 28 mars. C’est plus loin que prévu, plus cher aussi, et arrive la galère des billets.

Moi j’étais confiant, on serait sûr d’en avoir avec les pré-ventes ; mon collègue l’était beaucoup moins, et il avait raison ! Finalement, lui s’en sort grâce à un fan français, et moi qui suis déterminé à avoir une fosse, m’en tire grâce à un anglais qui a acheté sa place via Ticketmaster et qui va être le mec le plus important de ma vie à ce moment là. Après bien des galères, j’arrive finalement à dealer un changement d’acheteur avec la boite américaine et me prépare, enfin sereinement, à partir à San Diego. Je ne serai pas en fosse, mais j’ai probablement l’une des plus belles places qui soient pour ce soir-là, merci à Tim pour ce geste sans intérêt !

26 mars, départ de Roissy Charles de Gaulle.

Rien ne peut, ou ne doit, aller comme prévu. Delta Airlines nous annonce que le vol a été « survendu », ce qui veut dire plus de passagers que de sièges. On nous propose un départ décalé de 3h, moyennant dédommagement. Le marché est conclu avec plaisir !

Neuf heures de vol, escale à Atlanta, on débarque dans un aéroport blindé de fast-food, partout ça sent la bouffe, la friture, et quand tu as la tête dans le sac, c’est encore plus infect. Nouveau décollage (on a failli nous refaire le coup du surbooking) pour 4h, mais cette fois-ci, moins de plaisir à « y aller ». Il fait nuit, il y’a des gosses qui ont mal aux oreilles, on est serré, bref, dernière étape harassante. L’arrivée à San Diego nous détend un peu ; on loue notre belle Pontiac bleue automatique, on fait chemin dans une ville inconnue (et avec des routes inconnues, je peux vous dire que les lignes blanches seront maintes fois bafouées) vers notre bel hôtel. La chambre est sympa, mais il est déjà temps pour nous de nous habituer à ce qui sera notre quotidien durant 10 jours : des sandwichs médiocres, pas trop chers et bien bourratifs.

Le lendemain, il est temps de se mettre un peu au parfum, d’aller voir la Sports Arena de San Diego, récemment renommée le iPayOne Center. Le temps est superbe, des palmiers longent les routes, les gens sont sages au volant, la ville calme pour ce dimanche de Pâques, on est bien ici… Mais au fait, pourquoi sommes-nous venus ? Ah oui, U2 ! Le lancement du Vertigo//2005 !

Veille de concert à la Sports Arena de San Diego.

Les environs de la salle sont déserts, seul un panneau lumineux annonce l’événement. Un journaliste francophone de Montréal nous repère et ne gâche pas l’occasion de venir compléter son article avec des « Die-Hard fans » venus de si loin pour voir le groupe sur scène. On fera deux apparitions dans « La Gazette de Montreal », ah, c’est bon la célébrité. A nous les p’tites canadiennes !!! Pourtant en début d’après-midi, rien n’y fait, nous ne sommes pas dedans. Malgré un rapide coup d’oeil à la salle, encore en format patinoire pour le match de hockey du soir, nous n’arrivons pas à nous faire à l’idée que le lendemain sera le jour que nous attendons depuis presque quatre ans. La magie n’est pas encore là…

Petite visite donc dans cette jolie ville où le soleil vous brûle sans crier gare. Les centres commerciaux, en plein air, tout en couleurs et aux forts accents hispaniques, ressemblent à des parcs d’attractions ; le stade de base-ball, le Petco Stadium, domicile des Padres de San Diego ; les plages et les hôtels en bordure d’océan ; Seaport Village, ensemble de petites boutiques pour touristes, avec son kiosque à musique où un groupe de country fait danser les adeptes du style. On sent l’Amérique, c’est indéniable. Il y a un air particulier à ce pays. Je l’avais connu quelques années auparavant, et ça n’a pas changé. Il y a un « je-ne-sais-quoi » de différent ici, pas mieux, pas moins bien, juste différent. Le temps de se faire arnaquer dans un restaurant italien, et nous retournons devant la salle voir les beaux camions rouges sur le parking. En passant, on discute avec les maxi-super-méga-top-giga fans qui ont décidés de passer la nuit dehors. Ils sont au courant de la loterie mais rien n’y fait, ils veulent croire que ça se passera différemment. Ils ont eu tort, ça aujourd’hui, tout le monde le sait…

La skyline de San Diego vue de Coronado Island.

Il est temps d’aller au dodo, demain, nous y serons, en espérant que la température monte d’un cran, parce que là, c’est un peu l’encéphalogramme plat.

Lundi 28 mars.

Il bruine ! On est en Californie et il bruine !!! Non mais de qui se moque-t-on ?! Le nouveau lieu de convergence de la ville est le Sports Arena. La planète entière – ou au moins, celle concernée par la musique – regarde dans cette direction. L’événement est mondial et d’ailleurs, on se demande s’il y a des gens de San Diego qui viennent au concert, tant chacun semble débarquer de partout sauf d’ici. En tout cas les radios locales en font leur choux gras, la station 91X FM consacre une journée entière à U2. Du U2, rien que du U2 à l’antenne… Inimaginable ailleurs qu’aux Etats-Unis, où la décentralisation des radios et télévisions permet aux antennes de gérer comme bon leur semble leurs programmes et donc de coller au plus près à l’actu du coin.
D’ailleurs, 91X a installé un joli stand sur le parking de la salle et diffuse ses programmes plein pot. L’Amérique a ceci d’extraordinaire, qu’elle sait rendre un évènement, déjà énorme par lui-même, en inoubliable pour les gens sur place. Les voitures qui débarquent maculées aux couleurs irlandaises, avec poste branché à fond les manettes. Ces petites choses, qui ne se feraient pas en France, tant les gens auraient peur de passer pour des cons, sont une vraie valeur ajoutée au concert qui n’aura lieu que le soir. En attendant le spectacle est dehors !

Avec l’arrivée du merchandising, c’est une armée de clones qui se forme, personne ne se prive de son poster spécial San Diego et d’une multitude d’autres accessoires. On a une pensée émue pour le management irlandais, qui rien qu’avec la recette des produits dérivés doit pouvoir financer le Vertigo//2005 dans sa totalité, j’exagère à peine ! Les américains sont de vrais bons consommateurs bien élevés, et ils achètent en masse !

Après avoir récupéré mon billet au will call, et avoir entendu la vieille dame me dire « you really have a good seat » (YEAH !), nous décidons de nous éloigner un peu de l’entrée principale pour traîner nos guêtres autour de ce bâtiment plutôt moche. Belle idée que nous avons eue là. On aperçoit le cortège des voitures du groupe quitter le parking, probablement pour récupérer sa marchandise (!) et surtout, une porte laissée malencontreusement ouverte nous donne un accès à l’intérieur du iPayOne Center (oui, je sais, je change le nom à ma guise, mais j’aime varier les plaisirs !). On entre donc sans demander notre reste, tout droit, pas un mot, pas un regard ailleurs que sur l’objectif. C’est ainsi que se révèle à nous cette scène toute grise argentée. Les techniciens sont en train de faire les réglages. Première impression telle quelle : « Ben c’est pas un coeur, mais c’est la même chose qu’en 2001 ! »

Là où on nous annonçait de nouveaux écrans, on ne voit que de simples reproductions de l’Elevation Tour, bref, on reste sur notre faim. Un vendeur de T-shirt, amusé de nous voir là, nous demande de rejoindre la sortie… Place à Burger King !

On a beau y être, on a beau avoir vu la scène et entendre du U2 partout, avec le collègue Bert, ben on n’y est pas dans ce concert ! C’est tout de même agaçant d’avoir fait 10.000kms et de ne pas ressentir cette adrénaline. A l’heure qu’il est, vautrés sur les marches, c’est surtout le fort indice UV de la Californie que l’on ressent. L’intolérable bruine a laissé sa place à un soleil resplendissant, et une petite foule nous a rejoint de ce côté-ci de la salle, là où doit passer le groupe pour entrer. On se rappelle un coup de téléphone d’un ami, qui nous disait le matin même, avoir été déçu par les choix des ‘rehearsals’ de Los Angeles, ainsi qu’une mauvaise langue qui trouvait que le Vertigo//2005 n’était qu’une copie de l’Elevation Tour ; on va finir par se mettre un petit coup de Brian Adams si ça continue comme ça ! Et soudain, surgit de nulle part – enfin, si, de l’intérieur de la salle en fait – un frisson nous parcourt, une sensation sans comparaison… « City of Blinding Lights », là, juste derrière les portes vitrées ! Le groupe est en train de répéter sans que personne ne les ait vu arriver. Bono chante, oublie quelques paroles et ne pousse pas trop sa voix, mais le son est là, U2 est là, bon sang, ça faisait quatre ans qu’on en rêvait, mais on arrivait pas à y croire, à entrer dans cet évènement, et d’un coup ces salopards d’irlandais nous plongent dans cette délicieuse et douce hystérie. Tout le monde a l’oreille collée aux portes, les visages sont figés, pourtant, nous sommes tous dans le même état, indescriptible autrement que par ces mots un peu vulgaires « c’est bandant ! ». Le son s’estompe. De temps en temps, quelques morceaux de guitare ou de basse (Love & Peace) se font entendre, mais plus de Bono à l’horizon.

C’est alors que le cortège de voitures aux vitres fumées passe devant nous, ralentissant à peine, Bono faisant juste un bref signe de la main avant de s’engouffrer dans les sous-sols du Sports Arena. Mais quel scandale ? Quelle illusion ! Que l’on démasque David Copperfield (si, si, il est encore connu ici) !! En fait, il ne s’agissait que d’une bande provenant du show de samedi soir à Los Angeles, nous avons été eus, mais le plaisir était bien là et ne nous quittera plus jusqu’à… On verra, car en fait, il est toujours là ce plaisir datant de ce moment où tout a commencé.

Les heures passent et l’excitation devient de plus en plus grande. La queue pour la fosse s’est bien densifiée, tout le monde est debout, ça commence à crier, mais à l’américaine, donc, on reste sage quand même. On ne pousse pas son voisin, on s’excuse si on lui écrase ses tongs, et on reste courtois même si le soleil couché, il commence à cailler sur San Diego.

Quelques minutes avant l’ouverture des portes.

18h30, les portes s’ouvrent enfin. C’est le grand test pour la fameuse – et décriée – loterie donnant accès à l’ellipse. Environ une chance sur dix de voir « VERTIGO » apparaître sur l’écran et d’aller se faire remettre un deuxième bracelet. Tout se déroule bien, des cris de joie retentissent pour les vainqueurs et comme semble le vouloir le groupe, quelque soit l’heure à laquelle on arrive sur place, on a une chance d’accéder à la pré-fosse. Présent à l’entrée de la salle, Paul McGuiness observe la nouvelle procédure et paraît ravi de l’excitation générale. On discute quelques minutes avec lui avant de faire une petite photo souvenir. Le manager nous confie que le show que l’on va voir est probablement ce qu’ils ont fait de meilleur jusqu’à présent, que le nouvel album est bien représenté et nous conseille de venir au concert de Nice, où ils ont hâte de jouer devant leurs familles et amis : « it will be a very special night for all of us, you have to come there ». Il aurait pu faire une belle carrière chez Darty ce brave Paul !

Après avoir visité tous les recoins de la salle, nous prenons notre temps pour admirer cette scène sous toutes ses coutures. Le iPayONe Center étant vraiment une petite salle, quelque soit votre place, vous êtes assuré de bien voir. Même les arrières scènes sont toutes proches du groupe. L’ellipse prend une grande partie de la fosse, elle est plus basse que le coeur de 2001 et admettons-le, son gris/argenté, plus moderne que le rouge précédent. On prend du temps avant de regagner notre place, mais il faut bien se résoudre à s’installer, la première partie va commencer alors même que la salle est au 3/4 vide.

Kings of Leon ; Dallas et Stuart qui testent guitares et basses ; scène qui se vide ; salle qui se remplit… Mes voisins de tribunes sont tous venus en tenue du dimanche et sortent directement du C.E de American Express, je commence à craindre pour l’ambiance et ma propre hystérie qui risque d’ennuyer ces pauvres gens. « Everyone… Everyone… Everyone… Everyone !!! »
Les lumières éteignent, les confettis améliorés tombent du plafond, « City of Blinding Lights » nous submerge, et le reste, on vous l’a déjà raconté ici et ailleurs, inutile d’y revenir ! Juste un mot sur mes voisins de siège. Tout endimanchés qu’ils soient, ils ont assurés à bloc et ont mis bien plus d’ambiance que ceux avec qui j’allais me taper deux heures de concert en fosse le surlendemain. Cela m’apprendra à être mauvaise langue.

1h55 plus tard, on en ressort des émotions plein la tête, les yeux et le coeur. Nous ne réalisons pas très bien, encore sur le nuage de notre plaisir. Nous n’avons plus aucune objectivité, et d’ailleurs qui en aurait à peine sorti du concert ? Il sera toujours temps de décortiquer tous les détails un peu plus tard dans la nuit, pour le moment, il convient juste de baigner dans notre extase.
Comme Bert nous le fait intelligemment remarquer dans les minutes qui suivent « En tout cas, tout le monde aura pu remarquer l’évidente supériorité du dernier album comparé à All that you can’t leave behind… ». Oui, c’est vrai, merci cher ami de ton analyse proustienne :-)

Showtime! U2 sur scène à San Diego.

Et voilà, il nous reste deux concerts à faire, mais ce moment unique que nous étions venus chercher de si loin est maintenant derrière nous. L’ouverture d’une tournée, la découverte de la setlist, de la mise en scène, même des tenues du groupe, tout ça n’a plus de secret pour nous. Nous sommes de vrais enfants gâtés, mais fiers de l’être. Nous nous sommes faits un plaisir de gosse, sans autre prétention, que de prendre notre pied, et c’est bien ce qui s’est passé. Beaucoup s’étonnaient que l’on soit venu de France pour voir U2, et je les comprends. Même nos proches étaient circonspects de cette initiative. Mais ceux-là ne peuvent pas comprendre ce qui se passe dans notre tête, nous ne sommes pas des fans hystériques prêt à tout pour voir Bono & Co, mais nous nous sommes donnés les moyens de réaliser un rêve, et parti comme c’est parti, il n’est pas dit que les deux garnements ne soient pas de la partie en 2009 !

Discussions

12 commentaires ont été publiés pour cet article.

u2loveu2

très bel article…j’aimerai tant les voir,mais je ne sais pas comment m’y prendre…unt uyau pour le prochain concert???pour l’instant U23D c’est good…

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ANNECHA

bonjour
est-ce quelqu’un sait si il y a un concert de u2 prévu en 2008,2009. merci de me tenir au courant.

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Cyril // U2Neophobia

lol, je sais, c’est à nous qu’il l’a dit le Paul, mais tu sais, ce brave monsieur est avant tout un sacré vendeur ;-)

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Atomic Mofo

Nice pourtant, Guinness annonce du très grand

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Cyril // U2Neophobia

Oh que non, je n’y serais pas !
Nice, c’est pour faire dodo !!!
Et puis Bono en tongues….

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popelevation

Joue pas ton fan rebel Cyril, tu seras à Nice, et avec moi !

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bourvil

Superbe prose Cyril !!!!!

C’est tellement bien écrit que j’ai plongé dans ce récit… et pu voir plein d’images comme si je les avais vécues.. ;-)

J’ai la haine par contre d’avoir mon billet complètement vierge !!!

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Fifie

Après le descriptif de votre périple mouvementé, merci de nous faire partager le bonheur apparenment indescriptible pour vous d’avoir pu assiter à ce premier concert de U2.
J’espère que je pourrais être au rendez-vous en 2009.
Merci Bert et Cyril et super l’autographe de Bono.

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Atomic Mofo

en tout cas la démarche est à saluer, enfin des fans qui mouillent le maillot !

merci à toi mais aussi à atu2 et interference de nous faire vivre leurs expériences et ce Tour à travers autre chose que de simples trucs trop vus ça et là, depuis trop d’années

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bert

En tant que collègue du monsieur, moulte fois cité dans ce brillant article, je trouve que cet article est un bon résumé du truc. Effectivement U2 peut déjà considérer que 2 billets sont d’ores et déjà vendus pour 2009…

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Leelou

Mouais…. bof….. :o)

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Bonovox

Quel beau reportage de fan
et en plus le gris gris de Bono!!

Bravo les gars

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