The Unforgettable Fire

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Un peu plus d’un an et demi après War, U2 aspire au calme et aux grandes évasions. Pour l’occasion, le groupe s’installe dans une immense pièce du Slane Castle et convoque pour la première fois Brian Eno et Daniel Lanois pour se charger de la production. A eux d’ouvrir de nouveaux horizons et de faire passer un cap aux jeunes Irlandais, qui se lancent dans l’enregistrement de leur quatrième album.

C’est le duo qui va offrir à The Unforgettable Fire une véritable cohésion sonore, jusqu’ici absente des trois premiers disques du groupe. Quatre ans avant Rattle & Hum, U2 regarde déjà franchement vers l’Amérique. Fasciné par les Etats-Unis, comme bon nombre d’Irlandais avant eux qui y voyaient une sorte de terre promise, ces quatre jeunes hommes s’interrogent sur les multiples facettes d’un pays hors norme. Sur les grandeurs et décadences qui jalonnent son Histoire. C’est la figure imposante (et imposée ?) de Martin Luther King qui sert de marqueur aux dix titres qui composent l’opus. Une première fois grâce à Pride (In The Name Of Love), puis une seconde, pour clôturer l’album, avec MLK. U2 entend ainsi s’approprier une partie de la légende américaine et toucher le public nord-américain en lui racontant sa propre histoire. Si ce n’est pas encore la folie des années 90, U2 réussi son coup et écoule plus de trois millions d’albums aux Etats-Unis. Un excellent score. Les thèmes parlent à tous, et pas seulement aux mégalopoles des deux cotes. Elvis Presley And America, 4th Of July et Indian Summer Sky résonnent dans l’imaginaire de ce public qui n’a pour la plupart encore jamais entendu parler de U2.

C’est dans ce but, clairement affiché, que Pride est choisi comme premier single. Le titre, efficace et rassembleur, se veut un hymne à la vision du monde du révérend assassiné. Les Irlandais se veulent porteurs de valeurs humanistes et entendent incarner un message de paix et de fraternité. Ils en subiront les conséquences en Europe, où ce positionnement, très americo-centré, sera durement critiqué. Deux pépites auraient pourtant dû calmer les ardeurs des mauvaises langues : Bad et The Unforgettable Fire. L’une et l’autre, déconnectées du message général adressé au pays de Ronald Reagan, rappellent la noirceur des textes des premiers albums et préfigurent en même temps ce que pourrait devenir U2 dans les toutes prochaines années. Une plongée dans les méandres de l’âme, où rien ne semble pouvoir être sauvé.

Au fils des années, les morceaux de The Unforgettable Fire vont toutefois disparaître des tournées. Plus vraiment en osmose avec l’ensemble, plus vraiment dans le ton, un peu mou sans doute aussi. La réapparition du titre éponyme lors du 360° Tour sera une surprise magistrale. Et une réussite scénique. Si Pride est devenu un incontournable, réclamé par les foules en liesse, désireuses de s’égosiller sur des «oh oooh oh», c’est Bad qui se taille la part du lion. Pas franchement abouti en version studio, le morceau est adoré par les fans du groupe, qui voit en lui un monument intouchable. Difficile de leur donner tort. Les chanceux qui étaient au Man-Ray un soir d’octobre 2000 frissonnent encore à l’évocation de ces huit minutes durant lesquelles, Bono, la voix déchirée, en avait livré une version mémorable. Preuve de ce succès, mal appréhendé par le groupe lui-même, les fans l’ont choisi pour faire partie de la compilation U22 alors même que ses apparitions ont été très rares et pas forcément parmi les plus réussies. Le cœur a ses raisons, que la raison ignore, n’est-ce pas ?

A propos de cet album

Quatrième album studio de U2.

Sorti le 1 octobre 1984. Sortie remasterisée le 27 octobre 2009.

Enregistré entre mai et août 1984 à Dublin (Slane Castle, Windmill Lane studios).

Produit par Brian Eno et Daniel Lanois.

Singles :

  • Pride (In The Name Of Love)
  • The Unforgettable Fire
  • Last Night On Earth

Tournée :

Unforgettable Fire Tour 1984/1986 (114 concerts).
Ouverture le 29 août 1984 à Christchurch (Nouvelle-Zélande). Clôture le 17 mai 1986 à Dublin (Irlande).

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